Entretien avec Alain Ribaux

10 Avril

Entretien avec Alain Ribaux, Conseiller d’état en charge de l’économie et de la culture. Ancien juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda, réalisé par Daniel Snevajs (Libraire. Membre du Forum tous-différents-tous égaux (« FTDTE ») - Février 2022

DS : Monsieur Ribaux, merci de nous recevoir et de répondre à nos questions. La 27e édition de la SACR va bientôt avoir lieu. Dans cet objectif et en ma qualité de libraire je suis curieux de savoir si vous êtes un lecteur Monsieur Ribaux ?

Alain Ribaux : Réponse pas si simple que ça, je crois que je suis lecteur dans l'âme, convaincu de l'apport de la littérature au développement personnel. Enfant, j'ai dévoré les romans jeunesse, puis les auteurs tel que Jules Verne, Balzac et les classiques français. J'ai continué à lire des romans mais malheureusement, depuis que je fais de la politique je n'ai plus le temps de lire. Je consacre beaucoup de temps à lire des rapports, des journaux, des documents professionnels. La lecture de fiction me manque et j'espère me rattraper une fois ma carrière terminée.

DS : Si vous deviez citer un ou des livres ayant abordé les thématiques de la SACR (les inégalités, les discriminations, le racisme, l'esclavage, les génocides) qui vous ont marqués dans votre vie ?

A.R. : C'est intimement lié à mon expérience en temps qu’enquêteur pour le Tribunal Pénal International au Rwanda. Ma découverte et mon immersion professionnelle et personnelle dans un pays qui a connu un génocide. J'ai constaté la capitalisation du pouvoir et l’instrumentalisation de la haine vis à vis d'une partie de la population qui s'est traduit par un génocide. Une expérience marquante dont on revient changé. J'ai souhaité comprendre et approfondir, au-delà du travail judiciaire, cette situation singulière. Donc, j'ai beaucoup lu sur le sujet : des descriptifs, des récits de rescapés, des livres documentés sur le sujet et plus tard des romans.
Ces regards croisés, ce cumul des regards m'a aidé à mieux comprendre la situation.
Toutes ces lectures m'ont permis de me confronter à ce que j'avais vécu et d'éclairer ma compréhension sur ce sujet.
Deux livres, entre autres, ont nourri ma réflexion :
Ce livre au titre accrocheur m'a interpellé : « J'ai serré la main du diable » du général canadien Roméo Dallaire assurant le commandement de la Force internationale de maintien de la paix des Nations unies sur place.

« Dans le nu de la vie » de Jean Hatzfeld, grand reporter au journal Libération, séjournant plusieurs mois au Rwanda et qui a recueilli les récits des rescapés du génocide.

DS: La littérature, la fiction, le roman, selon vous, sont aussi capables et nécessaires de contribuer à la lecture et à la compréhension de notre monde ?

A. R. : Oui complètement, à l'image d'un Zola qui a décrit sa société à son époque. J'ai découvert un magnifique roman, « L'ainé des orphelins » de Tierno Monenembo qui par la fiction romanesque évoque le génocide rwandais qu'incarne magistralement un jeune garçon de 13 ans. Oui, par le roman on arrive à décrire même l’indescriptible.

DS : Depuis le début de la pandémie, notre rapport aux biens culturels a été questionné ; pensez-vous que le livre en particulier à pris une autre dimension et qu'il soit devenu essentiel ?

A. R. : Les choses sont souvent essentielles suivant le regard que l'on porte dessus. Bien sûr, que le livre est essentiel mais la scène reste essentielle, la musique reste essentielle. Je n'aime pas jouer un domaine contre l'autre. La culture c'est des regards différents sur le monde, qui amène des lectures sur le monde avec des angles très différents. Le livre, la littérature sont des valeurs universelles et qui perdurent au-delà des années. C'était essentiel, c'est essentiel et cela sera essentiel, pas plus pas moins que hier et pas plus pas moins que demain.

DS : Merci Monsieur Ribaux pour cet entretien.

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